Nature et procès de travail dans la critique de l‘économie politique. Remarques sur la soi-disant „économie écologique“ et une polémique contre la haine heideggérienne de la technique d

Nature et procès de travail dans la critique de l‘économie politique.
Remarques sur la soi-disant « économie écologique » et une polémique contre la haine heideggérienne de la technique et de la science moderne

Michael Gaul (Paris I Panthéon-Sorbonne)

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https://independent.academia.edu/MichaelGaul/Papers

« Das Mittel aber ist die äußerliche Mitte des Schlusses, welcher die Ausführung des Zweckes ist; an demselben gibt sich daher die Vernünftigkeit in ihm als solche kund, in diesem äußerlichen Anderen und gerade durch diese Äußerlichkeit sich zu erhalten. Insofern ist das Mittel ein Höheres als die endlichen Zwecke der äußeren Zweckmäßigkeit; – der Pflug ist ehrenvoller, als unmittelbar die Genüsse sind, welche durch ihn bereitet werden und die Zwecke sind. Das Werkzeug erhält sich, während die unmittelbaren Genüsse vergehen und vergessen werden. An seinen Werkzeugen besitzt der Mensch die Macht über die äußerliche Natur, wenn er auch nach seinen Zwecken ihr vielmehr unterworfen ist » (Hegel, Science de la logique1).

« Universally developed individuals, whose social relationships are their own communal relations and therefore subjected to their own communal control, are not products of nature but of history. The degree and the universality of development of the capacities in which this kind of individuality becomes possible, presupposes precisely production on the basis of exchange value, which, along with the universality of the estrangement of individuals from themselves and from others, now also produces the universality and generality of all their relations and abilities. During earlier stages of development, the single individual seems more fully developed because he has not yet worked out the fulness of his relations and has not yet set them over against himself as independent social powers and relations. It is as ridiculous to long for a return to that original fulness as it is to believe that the present complete emptiness must be permanent. The bourgeois view has never been more than the opposite of that Romantic view, and so the romantic view will accompany it as a justified opposite till its blessed end » (Marx, Grundrisse der Kritik der politischen Ökonomie2).

Sommaire

1. Introduction
2. Marx et Sraffa : une unité perdue
3. La richesse réelle et ses sources : travail utile et nature
4. Le matérialisme de Marx : unité et différence entre homme et nature
5. La caractérisation du procès de travail chez Marx en tant que reprise immédiate de la téléologie hegelienne : le moyen de travail et la ruse de la raison
6. L‘indifférence du capital envers la nature et le rôle de la technologie et de la science comme instances critiques

Littérature

1. Introduction

À notre avis la première section du cinquième chapitre du Capital, intitulé Procès de travail, a une importance primordiale pour tout ce qui concerne la théorie critique de Marx dans la mesure où elle dépasse le champ de la théorie économique au sens strict. Si on veut parler d‘une philosophie du Marx mature, elle est contenue dans ce chapitre. Cependant, il est peut-être plus précis de dire que tout le développement philosophique antérieur de Marx, dès sa thèse de doctorat, n‘a que pour résultat la dite section sur le procès de travail dont le contenu dépasse le champ de la philosophie. Quoi qu‘il en soit, c‘est la référence fondamentale pour l‘étude des notions de nature et technologie dans la critique de l‘économie politique. En tant que telle, il convient également d‘en faire le point de départ d‘une critique marxienne de base de la discussion philosophique autour du rapport entre homme et nature et du rôle de la technologie, de la science, de l‘industrie, du travail et de l‘économie dans le contexte des questions environnementales.
Le cinquième chapitre du Capital est en même temps, comme on cherche à montrer, le point de départ approprié d‘une clarification du rapport entre Marx et Hegel et d‘une critique des positions philosophiques dans la discussion en question. Ceci vaut et par rapport aux penseurs plus au moins proches de Marx tels que Engels, Lukàcs, Bloch, Marcuse, Habermas et Sartre et par rapport aux penseurs romantiques ou de la philosophie de la vie tel que Bergson ou existentialistes tel que Heidegger. L‘énumeration précedente n‘est pas arbitraire. Aussi différents que soient ces penseurs, un trait qui leur est commun consiste en ce qu‘ils font l‘objet d‘une critique d‘un point de vue marxien quant à leur conception du rapport entre homme et nature, notamment sur le fond des questions environnementales.
Ce sont en particulier les travaux remarquables de Lucio Colletti auxquels on doit l‘énumération ci-dessus. Sur la base de Colletti on essaie de montrer le trait commun que les penseurs mentionnés partagent et en quoi la théorie marxienne du rapport entre homme et nature s‘oppose nettement à eux. Cependant, on essaie de montrer également, cette fois-ci contre Colletti, que le fondement de la critique marxienne de ces auteurs, à savoir la notion du procès de travail, dérive de façon immédiate de Hegel. De manière tout à fait étonnante, la section sur le procès de travail qui témoigne plus qu‘aucune autre du matérialisme spécifiquement marxien est une reprise immédiate du chapitre sur la téléologie de la Sience de la logique de Hegel. La conclusion en est que Marx anticipe toute la tradition française d‘anthropologie technique de Mauss à Haudricourt, Leroi-Gourhan et Simondon3 qui s‘oppose à toute la tradition « critique » qui part de Heidegger (e.g. Hannah Arendt) dont l‘influence sur la philosophie française est bien connue.

2. Marx et Sraffa : une unité perdue

L‘exposé présent se fonde sur la distinction marxienne entre la valeur d‘usage en tant que « substance of all wealth, whatever may be the social form of that wealth »4 et la forme capitaliste de la richesse en tant que « immense accumulation of commodities »5, c‘est-à-dire sur la distinction entre valeur d‘usage et valeur au sens marxien. Si on ne veut pas traiter le sujet présent en supposant Marx comme un « chien mort », mais de sorte qu‘on présuppose un vif intérêt pour le traitement de la nature, du processus de travail et de la technologie chez Marx, il faut qu‘on indique de la manière la plus brève possible la validité de l‘analyse économique marxienne.
À cet égard il s‘agit bien sûr de la question de la validité de la théorie classique en tant que théorie de la valeur-travail. Comme on le sait, la théorie classique contemporaine, à savoir la théorie post-sraffaienne au sens précis de la théorie néoricardienne, a abandonné cette théorie.6 Ailleurs7 on a confronté la théorie néoricardienne au niveau de l‘histoire de la pensée économique : À partir d‘une présentation de l‘interprétation néoricardienne des théories de Ricardo, Marx et Sraffa ainsi que de l‘interprétation néoricardienne du nexus Ricardo-Marx-Sraffa8 et sur la base de notre propre lecture des textes de Ricardo, Marx et Sraffa, on a présenté une critique de base de la théorie néoricardienne au niveau de l‘histoire de la pensée. L‘interprétation néoricardienne des théories de Ricardo et de Marx est nettement rejetée, alors qu‘il est montré que le cadre dans lequel Production des marchandises par des marchandises est interprété est limité par rapport à la pensée de Sraffa même, notamment en ce qui concerne la soi-disant « physical-quantities version of the surplus approach » dans la mesure où cette dernière est opposée de façon polémique au lien entre travail et valeur.
Quant au niveau analytique, c‘est-à-dire au niveau de la théorie classique contemporaine, l‘analyse au niveau de l‘histoire des théories a abouti au résultat positif de la nécessité et de la légitimité de poser de nouveau la question du lien entre travail et valeur au sein de la théorie sraffaienne des prix de production. La théorie néoricardienne n‘a même pas posé cette question. Elle s‘est contentée du résultat négatif selon lequel la théorie marxienne de la valeur-travail n‘est valide en tant que théorie des prix de production que dans deux cas tout à fait particuliers (le cas d‘un taux de profit nul et le cas de l‘uniformité des compositions organiques des capitaux dans les différentes branches). Or, d‘abord, ce résultat n‘est rien d‘autre qu‘une preuve mathématique et formelle d‘une proposition de Ricardo et de Marx même. Ensuite, ce résultat ne dit rien sur le lien entre travail et valeur dans le cas général.9
Soit A la matrice des coefficients techniques, l le vecteur des quantités de travail supposé homogénéisé par le procédé traditionnel10, S et s la matrice et le vecteur du salaire réel, p le vecteur des prix de production, w le taux de salaire, r le taux de profit, σ le taux de plus-value et u le vecteur-somme. On part du système de Sraffa
(pA+wl)(1+r) = p
formulé en termes des secteurs verticalement intégrés11
wv+rpK = p. 14
Afin de poser la question du lien entre travail et valeur dans le cadre de la théorie sraffaienne, il est nécessaire d‘adopter le numéraire particulier suivant qui garantit que les prix et les valeurs sont exprimés en termes d‘une grandeur homogène, à savoir le travail incorporé :
ps(1+σ) = lu.
Les équations qui déterminent la solution pour r, w, σ et p sont :

Ce résultat montre que parmi les solutions infinies du système de Sraffa il existe une seule solution qui détermine non seulement les prix relatifs, mais aussi les prix absolus au sens de Marx. De plus, la solution a la propriété remarquable que les deux équations quantitatives de Marx sont satisfaites, à savoir l‘égalité de la somme des prix et la somme des valeurs et l‘égalité de la somme de la plus-value et de la somme des profits. Cette solution est également caractérisée par l‘existence d‘une loi générale de la valeur-travail (générale au sens que cette loi est valide et pour les marchandises fondamentales et pour les marchandises non fondamentales, et pour les biens salaires et pour les biens de luxe, et pour une production des marchandises par travail seulement et pour une production des marchandises par marchandises et travail, et pour un taux de profit positif et pour un taux de profit nul). La loi générale de la valeur-travail est obtenue à l‘aide d‘une matrice particulière, la matrice du salaire naturel N. La matrice du salaire naturel contient toutes les marchandises que ce soient des biens salaires ou non, comme si le travail était remunéré au niveau de chaque processus de production en nature par le produit du respectif processus même, la valeur de cette rémunération (pN) étant égale à la valeur du salaire réel effectif verticalement intégré (pF)

Si on redéfinit les catégories marxiennes (taux de plus-value, taux de profit et composition organique du capital) en termes de cette loi générale de la valeur travail, les théorèmes de base de la théorie marxienne sur l‘origine de profit sont confirmés, et cela en conformité avec les prix relatifs de Sraffa.

3. La richesse réelle et ses sources : travail utile et nature

Les prix de production n‘ayant comme substance rien d‘autre que quantités de travail, on peut se porter vers les notions de nature, de processus de travail et de technologie chez Marx en tant que penseur absolument à la hauteur de la théorie classique contemporaine. De cette manière le sujet présent est placé dans un éclairage nouveau : même d‘un point de vue strictement économique on peut renouer avec la notion marxienne de la marchandise et la distinction marxienne entre valeur d‘usage et valeur qu‘est notre point de départ ici. Alors que la richesse bourgeoise ou la valeur ne sont rien d‘autre qu‘une matérialisation du travail abstrait humain (en tant que « crystals of this social substance, common to them all, they are – Values. »15) et alors que « not an atom of matter enters into its composition »16, il en est tout autrement pour la richesse matérielle :

« Every (…) element of material wealth that is not the spontaneous produce of Nature, must invariably owe [its] existence to a special productive activity, exercised with a definite aim, an activity that appropriates particular nature-given materials to particular human wants. So far therefore as labour is a creator of use value, is useful labour, it is a necessary condition, independent of all forms of society, for the existence of the human race; it is an eternal nature-imposed necessity, without which there can be no material exchanges between man and Nature, and therefore no life.
The use values, coat, linen, &c, i.e., the bodies of commodities, are combinations of two elements — matter and labour. If we take away the useful labour expended upon them, a material substratum is always left, which is furnished by Nature without the help of man.
The latter can work only as Nature does, that is by changing the form of matter. Nay more, in this work of changing the form he is constantly helped by natural forces. We see, then, that labour is not the only source of material wealth, of use values produced by labour. As William Petty puts it, labour is its father and the earth its mother. »17

Les rôles respectifs de la nature et du travail sont déterminés d‘une façon claire et nette : alors que la richesse bourgeoise ou la valeur n‘est qu‘une matérialisation du seul travail abstrait dont la substance naturelle ne fait nullement partie, la richesse matérielle ou les valeurs d‘usage ont comme source et la nature et l‘activité de l‘homme, parce qu‘elles sont le résultat du procès de travail. Alors que la valeur exprime seulement un rapport social déterminé des hommes entre eux, les valeurs d‘usage sont le résultat du procès de travail qui est en tant que « appropriation of the natural world for human needs »18 une « metabolic interaction between nature and man »19.
Dans les Manuscrits économiques de 1861-63, Marx écrit à l‘égard du statut de l‘analyse concrète de la valeur d‘usage et du procès de travail dans le cadre de la critique de l‘économie politique qui n‘analyse, comme on le sait, que l‘organisation interne de la production capitaliste, pour ainsi dire dans sa moyenne idéale : « Just as the investigation of the use values of commodities as such belongs in commercial knowledge, so the investigation of the labour process in its reality belongs in technology. »20
Même si l‘analyse concrète des valeurs d‘usage et des procès de travail ne fait pas partie de la critique de l‘économie politique dans sa moyenne idéale, il ne s‘ensuit nullement que la valeur d‘usage et le procès de travail ne jouent aucun rôle ou un rôle négligeable dans cette dernière, tout au contraire.21 Cependant, la valeur d‘usage et le procès de travail ne sont analysées que de manière abstraite dans leur formes générales. Quant àu procès de travail, cette analyse est menée dans la première section du cinqième chapitre du Capital, intitulé Procès de travail. Comme on l‘a mentionné ci-dessus, de manière tout à fait étonnante, cette section qui témoigne plus qu‘aucune autre du matérialisme spécifiquement marxien est une reprise immédiate du chapitre sur le téléologie de la Sience de la logique de Hegel.
Cette constatation n‘est pas nouvelle : Lénine l‘avait fait dans ses notes sur la Logique de Hegel23 et elle a été reprise et approfondie par Lukàcs dans The Young Hegel.22 Elle se trouve également dans la thèse de doctorat de 1960 de Manfred Riedel24 et dans un étude de 1961 de Ivan Dubsky.25 Or, chez Lénine et Lukàcs cette découverte dont le point de départ est la citation d‘une phrase de l‘encyclopédie de Hegel dans la section sur le procès de travail (qui au premier abord peut sembler sans importance particulière) est intégrée dans l‘orthodoxie du système philosophique du matérialisme dialectique. C‘est-à-dire que Lénine et Lukàcs transposent cette découverte juste et importante dans le cadre de la philosophie de Engels dont on sait entretemps qu‘il existe des différences profondes par rapport à la pensée de Marx. Ceci vaut notamment pour le rapport en question entre Marx et Hegel, comme, parmi d‘autres, Colletti, Alfred Schmidt et Dieter Riedel l‘ont montré.26

4. Le matérialisme de Marx : unité et différence entre homme et nature

À la différence de Engels, Lénine et Lukàcs qui élaborent de manière positive le système philosophique du matérialisme dialectique, le matérialisme de Marx qui est essentiellement feuerbachien à cet égard se limite à une expérience pré-théorique : le besoin naturel de la faim et de la soif. Cet argument ad hominem suffit pour Marx comme légitimation de prendre comme point de départ de la théorie l‘existence d‘une objectivité naturelle et non subjective. Cette vérité de l‘expérience ne peut être niée que par une abstraction postérieure de celle-ci qui a oublié sa propre présupposition.27 Autrement dit, le point de départ incontournable de la pensée de Marx qui se démarque ici de la philosophie hegelienne consiste en ce qu‘il pense et l‘unité et la différence de la nature et de l‘homme sans pour autant penser la possibilité d‘une identité entre sujet et objet.
Marx pense l‘unité de la nature et de l‘homme dans la mesure où l‘homme lui-même est d‘après lui un être naturel, fait partie de la nature. En ce sens Marx désigne l‘homme comme une « puissance naturelle » (Naturmacht) : « Le travail est de prime abord un acte qui se passe entre l’homme et la nature. L‘homme y joue lui-même vis-à-vis de la nature le rôle d’une puissance naturelle. »28 Dans la mesure où l‘homme fait partie de la nature, le procès de travail est un procès de la nature avec elle-même. La notion du « processus métabolique » trouve ici son origine. Déjà en 1844 Marx avait constaté : « Nature is man’s inorganic body – nature, that is, insofar as it is not itself human body. Man lives on nature – means that nature is his body, with which he must remain in continuous interchange if he is not to die. That man’s physical and spiritual life is linked to nature means simply that nature is linked to itself, for man is a part of nature. »29
Marx pense la différence entre nature et homme dans la mesure où la nature est un objet et l‘homme est un sujet et le seul sujet capable d‘agir de manière téléologique. En ce sens Marx écrit :

« Une araignée fait des opérations qui ressemblent à celles du tisserand, et l‘abeille confond par la structure de ses cellules de cire l‘habileté de plus d‘un architecte. Mais ce qui distingue dès l’abord le plus mauvais architecte de l‘abeille la plus experte, c’est qu‘il a construit la cellule dans sa tête avant de la construire dans la ruche. Le résultat auquel le travail aboutit préexiste idéalement dans l‘imagination du travailleur. Ce n’est pas qu’il opère seulement un changement de forme dans les matières naturelles; il y réalise du même coup son propre but, dont il a conscience, qui détermine comme loi son mode d‘action, et auquel il doit subordonner sa volonté. »30

Pour désigner la formation de la substance naturelle conformément aux buts humains, c‘est-à-dire le procès de travail, Marx utilise même le terme « idéalisation »31 de la matière de nature. Or, malgré l‘idéalisation progressant au cours de l‘histoire humaine, il reste « toujours un résidu matériel, un quelque chose fourni par la nature et qui ne doit rien à l‘homme »32. La dépendance du travail à l‘égard de la nature est essentielle et indissoluble et le travail même, ce règne de la nécessité (Reich der Notwendigkeit) à la différence du règne de liberté (Reich der Freiheit), est une condition naturelle et éternelle (eine ewige Naturbedingung) de la vie humaine, une nécessité physique de la vie humaine, « indépendante par cela même de toutes ses formes sociales, ou plutôt également commune à toutes. Nous n‘avions donc pas besoin de considérer les rapports de travailleur à travailleur. L‘homme et son travail d‘un côté, la nature et ses matières de l‘autre, nous suffisaient. »33
Contrairement à Hegel, à sa propre position de 1844, au Lukàcs de 1923 et à Bloch, Marx refuse alors de penser même la possibilité d‘une identité entre sujet et objet, d‘une réconciliation entre homme et nature.34 Il refuse strictement d‘aller au-delà de ce que Hegel nomme le « point de vue téléologique fini » ou encore le « point de vue de l‘utilité ». Le procès réel de travail est l‘unité et la différence entre homme et nature. Penser le procès réel de travail est penser l‘unité et la différence entre homme et nature. Mais aller au-delà comme le fait Hegel en réconciliant la nature et l‘esprit fini en tant que moments du développement de l‘esprit absolu, c‘est dépasser les limites du savoir scientifique.35 Cette critique implicite d‘une philosophia prima quelconque s‘applique mutatis mutandis également au matérialisme dialectique de Engels, Lénine et le Lukàcs après 1923. Le matérialisme de Marx est un matérialisme non-ontologique.36

5. La caractérisation du procès de travail chez Marx en tant que reprise immédiate de la téléologie hegelienne : le moyen de travail et la ruse de la raison

Le procès de travail est caractérisé par Marx comme l‘unité de trois moments : l‘activité conforme à un but (zweckmäßige Tätigkeit) ou le travail proprement dit, le moyen de travail et l‘objet de travail. Aussi par rapport aux objets de travail et aux moyens de travail Marx souligne, d‘un point de vue généalogique, le rôle primordial de la nature. De ce point de vue la nature dont l‘existence est antérieure à celle de l‘homme constitue « l‘objet universel de travail »37.

« Nature itself is originally the store-house in which the human being, equally presupposed as a natural product, finds available for consumption finished nature products, as wel as finding available in part, in the very organs of his own body, the first instruments of production for the appropriation of these products. The means of labour, the means of production, appears as the first product produced by the human being; and the first forms of this product, stones, etc., are also found present in nature by him. »38

Abstraction faite de ce début de l‘histoire humaine, et les moyens de travail et les objets de travail sont déjà, de manière générale, des produits d‘un procès de travail précédent.
Marx définit le moyen de travail comme suit :

« Le moyen de travail est une chose ou un ensemble de choses que l‘homme interpose entre lui et l‘objet de son travail comme constructeurs de son action. Il se sert des propriétés mécaniques, physiques, chimiques de certaines choses pour les faire agir comme forces sur d’autres choses, conformément à son but. »39 C‘est ici que Marx cite la phrase suivante de Hegel : « La raison est aussi puissante que rusée. Sa ruse consiste en général, dans cette activité entremetteuse qui en laissant agir les objets les uns sur les autres conformément à leur propre nature, sans se mêler directement à leur action réciproque, en arrive néanmoins à atteindre uniquement le but qu‘elle se propose. »40

On doit à Riedel (1993) une reconstruction philologique remarquable de la genèse de ce recours à Hegel. D‘après Riedel, Marx mentionne Hegel dans le contexte du procès de travail pour la première fois en mars 1858 en écrivant le Grundrisse. Il s‘agit du passage suivant :

« Moreover, considered in purely material terms, if Smith presupposes the production of capital and does not go back to the beginnings of the world, it is equally certain that every circulating capital just as much provient originairement d‘un capital fixe. Without nets, man cannot catch fish; without a plough, he cannot till the soil; and without a hammer, etc., he cannot open up a mine. Even if he merely uses a stone as his hammer, etc., CERTAINLY this stone is not circulating capital, not capital at all, but means of labour. As soon as it becomes necessary for man to carry on production, he resolves to utilise a part of the existing natural objects directly as means of labour, and subsumes them under his activity, as Hegel has correctly put it, without any further process of mediation. »41

Le passage de la Science de la logique auquel Marx se réfère ici est la section « B. Das Mittel » du troisième chapitre (« Teleologie ») de la deuxième partie (« Die Objektivität ») de la logique du concept. Hegel y développe la manière dont la fin subjective qui n‘est d‘abord qu‘une pulsion se concrétise à l‘activité à travers la subsomption immédiate d‘un objet extérieur en tant que moyen.42 On fait remarquer qu‘ici Hegel et Marx caractérisent la relation entre activité ou travail et moyen de travail, alors que rien est dit sur la relation entre le moyen de travail et l‘objet de travail.
Comment se fait-il que Marx se réfère dans le contexte concret du procès de travail à un ouvrage tel que la logique hegelienne qui ne traite que des formes pures de la pensée au sens onto-théologique ? Riedel est même capable d‘avancer une explication génétique de ce recours de Marx à la Science de la logique. Sur la base des manuscrits on peut reconstruire le fait que Marx avait quelques jours plus tôt seulement, à la fin du mois février, consulté les §§ 196-198 de la Philosophie du droit43 et avait à partir de là, notamment à partir du § 196, développé son interprétation de la téléologie dans la Science de la logique en termes du procès de travail.44
L‘importance de ces paragraphes, cette fois-ci notamment celle du § 198, apparaît également dans un autre passage des Grundrisse qui a été écrit à la même date (fin février/début mars 1858).45 Dans le § 198 Hegel écrit : « Das Arbeiten des Einzelnen wird durch die Teilung [der Arbeiten] einfacher und (…) macht das Arbeiten ferner immer mehr mechanisch und damit am Ende fähig, daß der Mensch davon wegtreten und an seine Stelle die Maschine eintreten lassen kann. »46 Dans son Encyclopédie, Hegel dit avec des formules similaires : « Teilung der Arbeit (…) Die (…) abstraktere Arbeit führt (…) zur Beschränkung auf eine Geschicklichkeit (…) Die Geschicklichkeit selbst wird auf diese Weise mechanisch und bekommt die Fähigkeit, an die Stelle menschlicher Arbeit die Maschine treten zu lassen. » Marx à son tour commente sous le titre Fixed Capital and the Development of the Productive Forces of Society une citation de Babbage (extraite du Traité sur l‘économie des machines et des manufactures) et une citation de Ure (extraite de la Philosophie des manufactures). Sans jamais mentionner le nom de Hegel, il n‘y a aucun doute que Marx se réfère au § 198 de la Philosophie du droit lorsque il se penche de manière critique sur les avis de Ure quant à l‘évolution de la machinerie dans les termes suivants : « However, this is not the way in which machinery has come into being on a general basis; and still less is it the way in which it develops in detail. The actual way is that of analysis—through the division of labour, which increasingly transforms the workers‘ operations into mechanical ones, so that at a certain point the workers can be replaced by a mechanism. »47
Ici on ne s‘intéresse pas à la question du développement historique de la machinerie abordée dans la citation précédente. Il s‘agit uniquement de faire apparaître l‘influence du § 198 sur la conception du procès de travail chez Marx. C‘est que la transition décrite par Hegel, à savoir le remplacement du travailleur par la machine (Hegel et Marx utilisent l‘expression « an die Stelle treten »), rend visible un trait caractéristique du procès de travail en tant que telle qui n‘est pas immédiatement visible dans le cadre de l‘usage des outils48 : dès que la machine remplace le travailleur et le travailleur se trouve à côté du procès, séparé du moyen de travail, la relation entre moyen de travail et objet de travail en tant que moment du procès de travail dans sa forme générale est rendue visible immédiatement et alors concevable.
Comme Marx écrit dans la suite du texte : « No longer does the worker interpose a modified natural object as an intermediate element between the object and himself; now he interposes the natural process, which he transforms into an industrial one, as an intermediary between himself and inorganic nature, which he makes himself master of. He stands beside the production process, rather than being its main agent. »49 Bref, c‘est à partir de Hegel que Marx conçoit clairement la dépendance du procès de travail à l‘égard de la nature au niveau de la relation entre moyen de travail et objet de travail; à savoir l‘aspect du procès de travail qui n‘apparaît dans la section sur celui-ci au livre I du Capital que de manière implicite à travers la citation de la phrase de Hegel. Ce n‘est qu‘au livre II du Capital que Marx traite cet aspect de manière explicite à l‘occasion de la distinction entre temps de production et temps de travail.50
La relation naturelle entre moyen de travail et objet de travail est particulièrement visible dans l‘agriculture : « Agriculture constitutes a form of production sui generis, because the mechanical and chemical process is combined with the organic, and the natural reproduction process is merely controlled and directed. »51 Et en effet, il n‘est donc pas surprenant que Hegel à son tour ait développé sa notion de travail dans sa conception du système dite Jena par rapport à l‘agriculture. Alors que Marx avait intégré grâce à sa lecture de Hegel la relation naturelle entre moyen de travail et objet de travail de manière explicite à sa description du procès de travail en 1857 (« its [the instrument of labour] mechanical or chemical relation to the material of labour »52) et en 1861 (« This object [the means of labour] does not need to be an instrument, it can be e.g. a chemical process »53), il se limite à citer la ruse hegelienne de la raison en 1867.

6. L‘indifférence du capital envers la nature et le rôle de la technologie et de la science comme instances critiques

Dans la première section du cinquième chapitre du livre I du Capital la nature générale du procès de travail est analysée. Une telle analyse est possible dans la mesure où le procès de travail dans ses formes générales est indépendant de toute forme sociale particulière. Or, le procès de travail n‘existe en réalité toujours que dans le cadre des rapports socio-économiques à la fois historiques et spécifiques. La critique de l‘économie politique a pour objet ceux qui sont caractérisés par la subsomption formelle et la subsomption réelle du procès de travail sous le capital. Le capital n‘est que de la valeur se valorisant, un sujet automatique qui en soi n‘a ni mesure ni fin. Sa forme de mouvement est celle d‘une spirale.
Le procès de production capitaliste est ainsi l‘unité immédiate du procès de travail et du procès de valorisation, « just as its direct result, the commodity, is the direct unity of use value and exchange value. »54 Cette unité est de sorte que, comme la valeur d‘usage est le soutien matériel de la valeur, le procès de travail est la condition matérielle nécessaire du procès de valorisation. Le procès de travail apparaît comme « an unavoidable intermediate link, as a necessary evil »55 pour la valorisation de la valeur. Il est remarquable pour les questions présentes que Marx, lorsqu‘il adopte l‘image de Sismondi de la « spirale », s‘est empressé de rajouter en note de bas de page : « L‘analyse que Sismondi donne de l‘accumulation a ce grand défaut qu‘il se contente trop de la phrase ‹ conversion du revenu en capital › sans assez approfondir les conditions matérielles de cette opération. »56
Et en effet, l‘analyse de la subsomption réelle du procès de travail sous le capital a des implications profondes pour la relation homme/nature.57 L‘analyse marxienne permet de mieux saisir une signification possible d‘une formule souvent utilisée dans les débats publics autour des questions environnementales, à savoir la formule d‘une « incompatibilité » ou « une contradiction » entre économie et écologie. Il s‘agit des conséquences environnementales de la production de plus-value relative, c‘est-à-dire des conséquences de la révolution spécifiquement capitaliste du mode de production et donc du procès de travail même.
À notre avis quant aux questions environnementales il est important de distinguer deux aspects indissociables de la production de plus-value relative : L‘un concerne le niveau de production et son expansion progressive qui crée un antagonisme entre homme et nature. L‘autre concerne la révolution du procès de travail qu‘est caractérisée par une indifférence par rapport à la relation entre homme et nature. Tous les deux aspects ont leur origine dans l‘infinité et la démesure du mouvement de capital. Mais quand Marx écrit : « La production capitaliste ne développe donc la technique et la combinaison du procès de production sociale qu‘en épuisant en même temps les deux sources d‘où jaillit toute richesse : la terre et le travailleur »58, il ne traite que le deuxième aspect.
Or, en ce qui concerne les possibilités d‘une politique de durabilité, la distinction entre antagonisme et indifférence est cruciale : Alors que l‘indifférence permet au moins la possibilité d‘une réussite des interventions politiques qui visent à travers la mise en oeuvre des mesures appropriées à l‘adoption des technologies respectueuse de l‘environnement, ceci n‘est pas le cas de l‘antagonisme. La raison en est que l‘adoption des nouvelles technologies avantageuses sous l‘angle de la durabilité peut coïncider avec la valorisation de la valeur, tandis que la réduction du temps de travail est incompatible avec la valorisation de la valeur : « its tendency is always, on the one hand, to create DISPOSABLE TIME, and on the other TO CONVERT IT INTO SURPLUS LABOUR. »59
Pour conclure, on reprend la question posée au début, à savoir celle du trait commun des penseurs aussi différents que Engels, Lénine, les « deux » Lukàcs60, Bloch, Marcuse, Habermas, Sartre, Bergson ou Heidegger par rapport à Marx. Quant au rôle de la technique, de la science moderne de la technologie et des sciences naturelles par rapport à la relation entre homme et nature, Marx prend au sérieux sa distinction entre technique, technologie et sciences naturelles en soi et leur application capitaliste, même si sur la base du mode de production capitaliste les deux sont inextricablement et indissociablement imbriquées les unes à l‘autre; à tel point que le procès de travail et la technique, leurs lois ainsi que la technologie et les sciences naturelles sont précisément les instances critiques qui permettent d‘identifier et, en principe, de corriger la destruction de l‘environnement.
Un exemple concret en est la critique de l‘agriculture moderne contenue dans le Capital. Sur la base des manuscrits de Marx, Saito a reconstruit la genèse de cette critique. Saito

« analyzes his excerpts from books by two agricultural chemists, Justus von Liebig and James F.W. Johnston, in order to reveal a significant modification in regard to Marx’s attitude towards modern agricultural practice, which led him to study the natural sciences even more intensively in his late years. Marx eagerly read these agricultural chemists a couple of times, once in the beginning of the 1850s during his first thorough research on political economy, and again in the middle of the 1860s when he was preparing the manuscripts of Capital. Examining Marx’s excerpts cautiously, one realizes that he first attained a truly critical and ecological comprehension of modern agriculture, that goes beyond the paradigm of the Ricardian theory of differential rent, in the middle of the 1860s. Although Marx was at first quite optimistic about the positive effects of modern agriculture based on the application of natural sciences and technology, he later came to emphasize the negative consequences of agriculture under capitalism precisely because of such an application, illustrating how it inevitably brings about disharmonies in the transhistorical ‹ metabolism › (Stoffwechsel) between human beings and nature. (…) In order to theorize a more rational form of culture, modern natural sciences, including the agricultural chemistry and geolgy of Liebig and Johnston, play a significant role for Marx because they uncover necessary conditions of reproducing the original state of soil. »61

La critique marxienne de l‘agriculture moderne est alors fondée sur la rationalité de la technologie et des sciences naturelles et la cible de sa critique est son application capitaliste. Comme l‘exprime Marx au troisième livre du Capital, « the moral of the tale (…) is that the capitalist system runs counter to a rational agriculture, or that a rational agriculture is incompatible with the capitalist system » et demande « the control of the associated produces »62. À l‘égard du fondement de sa critique, à savoir la rationalité de la technologie et des siences naturelles, Marx partage alors la pensée calculatoire des ingénieurs.63
Contrairement à Marx, le trait commun des penseurs évoqués consiste précisément dans la critique de cet esprit rationaliste de la tradition des Lumières. Comme Colletti l‘a montré de manière convaincante, ils partagent une critique du bon sens, de l‘intelligence (souvent opposée à la raison), de la technologie, de la science et l‘activité liée technique-pratique comme une chosification et une objectivation de quoi que ce soit.

Littérature

De manière générale, on cite les écrits de Marx dans leur version anglaise d‘après l‘édition Karl Marx. Frederick Engels. Collected Works (MECW), éditée par Progress Publishers (Moscou), Lawrence and Wishart (Londres) et International Publishers (New York) entre 1975 et 2005. Dans des cas spéciaux on utilise de plus l‘édition allemande Karl Marx/Friedrich Engels – Werke (MEW), éditée par Dietz Verlag (Berlin).

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Marx, Karl (MECW 28). Economic Manuscripts of 1857-58 (First Version of Capital).

Marx, Karl (MECW 29). Economic Manuscripts of 1857-58 (First Version of Capital).

Marx, Karl (MECW 30). Economic Manuscript of 1861-63.

Marx, Karl (MECW 34). Economic Works 1861-64.

Marx, Karl (MECW 35). Capital. A Critique of Political Economy. Book I. The Process of Production of Capital.

Marx, Karl (MECW 36). Capital. A Critique of Political Economy. Book II. The Process of Circulation of Capital.

Marx, Karl (MECW 37). Capital. A Critique of Political Economy. Book III. The Process of Capitalist Production as a Whole.

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Littérature secondaire

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  1. Hegel (1969), p. 453. [zurück]
  2. MECW 28, p. 99 (souligné par nous). [zurück]
  3. Je voudrais remercier Prof. François Vatin pour cette indication et je fais référence à ses travaux. [zurück]
  4. MECW 35, p. 46. [zurück]
  5. MECW 35, p. 45. [zurück]
  6. Voir notamment les écrits de Steedman et de Kurz. [zurück]
  7. Voir Gaul (2015). [zurück]
  8. Ces interprétations sont à la base de la conception spécifiquement néoricardienne de la théorie classique contemporaine, c‘est-à-dire de la « physical-quantities version of the surplus approach » (Steedman) à la différence de la théorie marxienne de la valeur qu‘est vue comme une abérration de la théorie authentiquement classique. [zurück]
  9. Voir à cet égard Cingolani (2006). [zurück]
  10. Voir Bidard et Klimovsky (2006), chapitre 3. [zurück]
  11. Voir Pasinetti (1988). [zurück]
  12. [zurück]
  13. MECW 35, p. 48. [zurück]
  14. La phrase allemande est encore plus claire à cet égard : « Im graden Gegenteil zur sinnlich groben Gegenständlichkeit der Warenkörper geht kein Atom Naturstoff in ihre Wertgegenständlichkeit ein » (MEW 23, 62; mise en italique par nous). Marx utilise le terme « Naturstoff » : substance naturelle. [zurück]
  15. MECW 35, pp. 52. [zurück]
  16. MECW 30, p. 63. [zurück]
  17. MECW 30, p. 63. [zurück]
  18. MECW 30, p. 55. [zurück]
  19. Voir le dernier écrit de Marx Randglossen zu Adolph Wagners «Lehrbuch der politischen Ökonomie» où Marx se défend avec véhémence contre l‘accusation selon laquelle la valeur d‘usage ne jouerait aucun rôle chez Marx : « Nur ein vir obscurus, der kein Wort des „Kapitals“ verstanden hat, kann schließen: Weil Marx in einer Note zur ersten Ausgabe des „Kapitals“ allen deutschen Professoralkohl über „Gebrauchswert“ im allgemeinen verwirft und Leser, die etwas über wirkliche Gebrauchswerte wissen wollen, auf „Anleitungen zur Warenkunde“ verweist, – daher spielt der Gebrauchswert bei ihm keine Rolle. […] Der vir obscurus [hat] übersehn, daß schon in der Analyse der Ware bei mir nicht stehngeblieben wird bei der Doppelweise, worin sie sich darstellt, sondern gleich weiter dazu fortgegangen wird, daß in diesem Doppelsein der Ware sich darstellt zwiefacher Charakter der Arbeit, deren Produkt sie ist: der nützlichen Arbeit, i.e. den konkreten Modi der Arbeiten, die Gebrauchswerte schaffen, und der abstrakten Arbeit, der Arbeit als Verausgabung der Arbeitskraft, gleichgültig in welcher „nützlichen“ Weise sie verausgabt werde (worauf später die Darstellung des Produktionsprozesses beruht); daß in der Entwicklung der Wertform der Ware, in letzter Instanz ihrer Geldform, also des Geldes, der Wert einer Ware sich darstellt im Gebrauchswert der andern, d.h. in der Naturalform der andern Ware; daß der Mehrwert selbst abgeleitet wird aus einem „spezifischen“ und ihr exklusive zukommenden Gebrauchswert der Arbeitskraft etc. etc., daß also bei mir der Gebrauchswert eine ganz anders wichtige Rolle spielt als in der bisherigen Ökonomie, daß er aber notabene immer nur in Betracht kommt, wo solche Betrachtung aus der Analyse gegebner ökonomischer Gestaltungen entspringt, nicht aus Hin- und Herräsonieren über die Begriffe oder Worte „Gebrauchswert“ und „Wert“ » (MEW 19, pp. 369). [zurück]
  20. Voir Lukàcs (1975), le chapitre 3.6 Labour and the problem of teleology. [zurück]
  21. Voir Lukàcs (1975), le chapitre 3.6 Labour and the problem of teleology. [zurück]
  22. Voir l‘aperçu dans Riedel (1994), pp. 19. [zurück]
  23. Voir l‘aperçu dans Riedel (1994), pp. 20. [zurück]
  24. Voir Colletti (1969), (1972), (1975); Schmidt (1962); Riedel (1994). [zurück]
  25. Riedel (1994), p. 18. [zurück]
  26. MEW 23, p. 192. [zurück]
  27. MECW 3, p. 276. Voir sur ce point aussi Schmidt (1962), pp. 65, p. 89. [zurück]
  28. MEW 23, p. 193. [zurück]
  29. MECW 30, p. 55. [zurück]
  30. MEW 23, p. 57. [zurück]
  31. MEW 23, pp. 198. [zurück]
  32. Voir Schmidt (1962), p. 117 : « Wie zur Hegelschen, so gehört auch zur Marxschen Dialektik, daß das mit den Subjekten Nichtidentische stufenweise überwunden wird. Immer größere Naturbereiche gelangen unter die Kontrolle der Menschen. Nie aber, und das unterscheidet Marx com letztlich doch abschlußhaft-idealistischen Denkens Hegels, geht der Naturstoff auf in den Weisen seiner theoretisch-praktischen Bearbeitung. (…) Erst der reife Marx nimmt das Problem der Nichtidentität ganz ernst. Sowenig für ihn Hegels Gleichung Subjekt = Objekt aufgeht, sowenig geht seine eigene Gleichung Humanismus = Naturalismus auf. Nie sind die Menschen in den Gegenständen ihrer Produktion restlos bei sich selbst. » [zurück]
  33. Voir Schmidt (1962), p. 89 : « Die endlich-teleologische Tätigkeit des Menschen sprengt den Naturzusammenhang nicht. Es bedarf zu ihrer Erklärung keines der Natur transzendenten Prinzips. » [zurück]
  34. Voir Schmidt (1962), pp. 12-41. [zurück]
  35. MEW 23, p. 193. [zurück]
  36. MECW 30, p. 65. [zurück]
  37. MEW 23, p. 194. [zurück]
  38. MEW 23, p. 194. [zurück]
  39. MECW 29, p. 119 (mise en italique par nous). [zurück]
  40. Voir Hegel (1969), pp. 449 : « Begriff und Objektivität sind daher im Mittel nur äußerlich verbunden; es ist insofern ein bloß mechanisches Objekt. Die Beziehung des Objekts auf den Zweck ist eine Prämisse, oder die unmittelbare Beziehung (…) das Mittel, ist inhärierendes Prädikat; seine Objektivität ist unter die Zweckbestimmung (…) subsumiert. Durch diese Zweckbestimmung, welche an ihm ist, ist es nun auch gegen das andere Extrem der vorerst noch unbestimmten Objektivität subsumierend. (…) Das Objekt hat daher gegen den Zweck den Charakter, machtlos zu sein und ihm zu dienen (…). Das Objekt ist auf diese Weise dem Zwecke unmittelbar unterworfen, ist nicht ein Extrem des Schlusses; sondern diese Beziehung macht eine Prämisse desselben aus. Aber das Mittel hat auch eine Seite, nach welcher es noch Selbständigkeit gegen den Zweck hat. Die im Mittel mit ihm verbundene Objektivität ist, weil sie es nur unmittelbar ist, ihm noch äußerlich; (…) und der Zweck ist eben insofern Tätigkeit, nicht mehr bloß Trieb und Streben, als im Mittel das Moment der Objektivität in seiner Bestimmtheit als Äußerliches gesetzt ist ». [zurück]
  41. Voir sur ce point aussi Riedel (1994). Riedel montre de façon tout à fait novatrice que les §§ 189-198 de la Philosophie du droit qui portent sur les besoins et le travail ont excercé une influence profonde et guère notée sur le développement de la pensée marxienne, notamment sur le matérialisme spécifiquement marxien. [zurück]
  42. Voir le § 196 : « Die Vermittlung, den partikularisierten Bedürfnissen angemessene, ebenso partikularisierte Mittel zu bereiten und zu erwerben, ist die Arbeit, welche das von der Natur unmittelbar gelieferte Material für diese vielfachen Zwecke durch die mannigfaltigsten Prozesse spezifiziert. Diese Formierung gibt nun dem Mittel den Wert und seine Zweckmäßigkeit, so daß der Mensch in seiner Konsumtion sich vornehmlich zu menschlichen Produktionen verhält und solche Bemühungen es sind, die er verbraucht. » [zurück]
  43. Voir Riedel (1993), p. 145. [zurück]
  44. Hegel (1970), p. 352. [zurück]
  45. MECW 29, p. 90. [zurück]
  46. Le fait sur lequel on insiste ici est tout à fait indépendant de la question de la validité de la manière dont Hegel explique le procès historique du « remplacement du travailleur par la machine ». [zurück]
  47. MECW 29, p. 91. [zurück]
  48. Voir MECW 36, pp. 240 : « We are dealing here rather with interruptions independent of the length of the labour process, brought about by the very nature of the product and its fabrication, during which the subject of labour is for a longer or shorter time subjected to natural processes, must undergo physical, chemical and physiological changes, during which the labour process is entirely or partially suspended. (…) In all these cases therefore the production time of the advanced capital consists of two periods: one period during which the capital is engaged in the labour process and a second period during which its form of existence — that of an unfinished product—is abandoned to the sway of natural processes, without being at that time in the labour process. Nor does it matter in the least that these two periods of time may cross or wedge into one another here and there. The working period and the production period do not coincide in these cases. The production period is longer than the working period. (…) In so far as the production time in excess of the working time is not fixed by natural laws given once and for all, such as govern the maturing of grain, the growth of an oak, etc., the period of turnover can often be more or less shortened by an artificial reduction of the production time. Such instances are the introduction of chemical bleaching instead of bleaching on the green and more efficient drying apparatus. Or, in tanning, where the penetration of the tannic acid into the skins, by the old method, took from six to eighteen months, while the new method, by means of an airpump, does it in only one and a half to two months (J. G. Courcelle-Seneuil, Traité théorique et pratique des entreprises industrielles, etc., Paris, 1857, 2-me éd. [p. 49]). The most magnificent illustration of an artificial ab-breviation of the time of production taken up exclusively with natural processes is furnished by the history of iron manufacture, more especially the conversion of pig iron into steel during the last 100 years, from the puddling process discovered about 1780 to the modern Bessemer process and the latest methods introduced since. » [zurück]
  49. MECW 29, p. 111. [zurück]
  50. MECW 28, p. 226. [zurück]
  51. MECW 30, p. 56. [zurück]
  52. MECW 34, p. 400. [zurück]
  53. MECW 36, p. 64. [zurück]
  54. MEW 23, p. 607 (mise en italique par nous). [zurück]
  55. Voir à cet égard aussi les travaux de Burkett et Foster. [zurück]
  56. MEW 23, pp. 529. [zurück]
  57. MECW 29, p. 94. [zurück]
  58. La mention de Engels, de Lénine et du Lukàcs après 1923 dans ce contexte ne se justifie qu‘en raison de la contradiction au sein du matérialisme dialectique entre son intention et ses implications philosophiques inconscientes. En ce qui concerne Engels, Lénine, le Lukàcs après 1923 et la dite contradiction on renvoie aux travaux de Colletti. Il va bien évidemment de soi que au niveau de leur convictions personnelles par rapport à la technique et la science, Engels et Lénine étaient tout à fait dans la tradition des Lumières. [zurück]
  59. Saito (2014), deuxième et dernier paragraphe (mise en italique par nous). [zurück]
  60. Cité dans Saito (2014). [zurück]
  61. Voir Vatin (2008); voir dans ce contexte également les travaux de Vatin sur la question forestière. [zurück]